Gérard Serée

Gravure

« Sur une longue période, mon travail de peinture se terminait souvent avec une incision dans la matière encore bien fraîche, pour faire apparaître les couleurs passées en premier jus sur le fond de la toile.… »

Au cours des années 1966-67, j’étais sous l’influence des encres de Chine de Paul Klee. A la Villa Arson, à la fin du premier cycle en 1972, j’ai gravé mes premières eaux fortes et linogravures.

Sur une longue période, mon travail de peinture se terminait souvent avec une incision dans la matière encore bien fraîche, pour faire apparaître les couleurs passées en premier jus sur le fond de la toile. C’est l’époque où Dominique Prévost qui dirigeait l’atelier du Safranier (un atelier de gravure à Antibes) m’invita à venir travailler la gravure dans son atelier. Il pensait alors que mon travail se prêtait bien à cette technique qui implique plusieurs reprises, interventions. Dans un premier temps, j’ai décliné son invitation. Un jour enfin, j’ai compris qu’il avait raison.

En 1989, j’ai repris la gravure plus sérieusement. Dominique Prévost m’enseigna les premiers rudiments techniques que j’avais très peu expérimentés jusqu’alors. Il y avait par exemple, la technique du carborundum que j’ai finalement assez vite abandonnée, réalisant ma
plus grande sensibilité à la gravure en attaque eaux fortes et pointes sèches. Ce qui me plait tant dans la gravure, c’est l’incision, bien davantage que l’ajout de matière.

Mes premières gravures, attaquées à l’acide nitrique, je les ai réalisées en extérieur. Faisant tremper les plaques dans de grands bacs en plastique.

Plus tard, les attaques au perchlorure de fer, beaucoup moins dangereuses pour les poumons.

Dominique Prévost m’apprit également les différentes formules de mélanges comme l’aquatinte au sucre. Une vraie recette : 1/3 d’encre de Chine, un peu d’aquarelle, de l’eau et un peu de sucre.

Le dessin se fait sur une plaque fraîchement vernie. L’acide attaque la plaque là où vous n’avez pas de vernis. Et là a commencé une véritable passion pour la gravure qui ne m’a pas quitté depuis.

C’est aussi à Antibes, dans l’atelier de Dominique Prévost, qui j’ai réalisé mes premiers grands monotypes.

Danièle Giraudy, alors Directrice du Musée Picasso d’Antibes, m’encouragea en faisant l’acquisition d’une de mes peintures.

Ce que j’adore avec les livres d’artistes c’est qu’ils me permettent de rencontrer et d’échanger avec de nombreuses personnes amies ou inconnues. Tous ces poètes et écrivains pimentent ma pratique artistique et entrent dans ma vie souvent pour y rester.

En 1992, de retour à la Villa Arson, cette fois dans l’atelier de gravure de Mon Chew Wong, j’ai eu la chance de pouvoir peaufiner et apprendre énormément auprès de ce maître graveur. Durant cette période, j’ai également l’opportunité d’échanger avec les étudiants sur la gravure et ses techniques. Grâce à cette première expérience d’enseignement, je deviens intervenant pour des élèves de Fréjus en classe  »Arc-en-Ciel. Le département éditions de cette école se met en place en créant trois formats de livres.
Pour deux d’entre eux, j’inaugure l’édition en faisant mes tous premiers livres. Là encore, une nouvelle passion qui ne me quittera jamais, les livres d’artistes.

Le premier livre autour de gravures sur cuivre à l’eau-forte et pointe sèche, je le fais avec mon vieil ami Raphaël Monticelli qui pendant un an, vient me regarder travailler. Il écrit son texte en rapport au déroulement des différentes étapes de la gravure. Je l’initie à la gravure à l’essence de lavande. Nous finissons par graver à quatre mains.

Pour mon deuxième livre j’appelle Christian Artaud, cette fois avec de la gravure sur bois.

Ce que j’adore avec les livres d’artistes c’est qu’ils me permettent de rencontrer et d’échanger avec de nombreuses personnes amies ou inconnues. Tous ces poètes et écrivains pimentent ma pratique artistique et entrent dans ma vie souvent pour y rester. Je participe aussi avec ces livres, à des biennales et salons spécialisés dans le livre d’artistes. Ces livres deviennent aussi ma principale source de revenus.

La gravure a été pour moi, une révélation, une passion et une chance. A travers elle, je rencontre toujours plus de belles personnes et suis invité à intervenir et échanger dans de nombreux lieux et écoles de la région et d’ailleurs. Un grand nombre de bibliothèques et médiathèques ont acquis mes livres, en France et à l’étranger. Mon séjour au Maroc est aussi venu de la gravure. La gravure est pour moi une source intarissable de nouveaux possibles.

– Gérard Serée

 

« Si Gérard Serée est peintre, et à l’occasion sculpteur, c’est dans la gravure et le dialogue entre le livre et l’image qu’il déploie cette harmonie spatiale faite de tensions et d’errances. Loin de toute illustration, cette image s’apparente à un texte qu’il nous appartient de lire comme la face cachée de la poésie, tour à tour obscure et lumineuse. Elle est bien cet excès lorsqu’elle scande cette double transgression du texte et de l’art et qu’elle nous propose alors ce voyage au-delà de toute limite. »

Michel Gathier – Nice, France